Affiche du film America

America – Critique



America - Critique

Q ue reste-t-il du rêve américain? Plus d’un an après l’arrivée au pouvoir de Trump, Claus Drexel propose un documentaire brut, au fin fond de l’Arizona, voisin de la très branchée Californie, dans un bled comme on en voit qu’aux États Unis.

Le rêve américain. Depuis l’hexagone, c’est d’un regard abasourdi et un peu méprisant que, nous petits français, regardons la marionnette trumpienne, orange et bruyante, enflammer les médias du monde entier. America s’attache à une petite bourgade, Seligman, pas loin de route 66, avant, pendant et après l’élection américaine de 2017.




Le tableau est vite dressé: le port d’arme est légal, chaque habitant possède au moins un “gun” et la crise économique, le chômage et le désert font leur quotidien.

Ils sont pour la plupart “pro” Trump, mais avant tout, ils sont très fiers d’être américain. Et si le rêve national semble avoir depuis longtemps abandonné Seligman, eux y croient encore dur comme fer!

Sans en dévoiler trop, c’est toute une galerie de personnages que Drexel filme et écoute, face caméra: un ancien pasteur, une femme enceinte (qui possède 5 armes à feu a elle toute seule!), un couple et leurs chevaux, un jeune cowboy, etc…

Les paysages sont autant de nature mortes, très esthétiques mais baignées dans la misère, l’envers du décor, à 600 km d’Hollywood, on ne peut que relever l’ironie. Les habitants sont pour certains tellement patriotiques qu’ils frisent l’ethnocentrisme. Ils racontent leur Amérique, les armes, le second amendement, Trump, Hillary, la liberté, et ce fameux rêve américain.



Drexel explore cette Amérique profonde, ses valeurs, ses croyances et ses utopies. Il laisse les habitants parler, il ne les juge pas, ne les méprise pas, et avec ce parti pris, réalise un documentaire réaliste et naturaliste qui m’a beaucoup plu.

On retient le premier plan qui s’impose comme la clef du film: deux hommes évident la carcasse ensanglantée d’une vache, métaphore d’une Amérique à vif, écartelée, coupée en deux. Et au vu des débats, des polémiques et des controverses qui secouent les États Unis depuis un an, l’image prend tout son sens.

On commence à comprendre, avec ce film, ce que c’est qu’être Américain… 



« On a été très bien accueillis. Et les gens adoraient l’idée qu’un film intitulé America soit tourné dans leur ville perdue au milieu du désert ! Je ne leur ai pas expliqué grand-chose avant de tourner. Les paroles sont plus fortes, plus profondes quand elles sont dites pour la première fois. C’est cela que doit capter la caméra. »Claus Drexel

Claus Drexel est un réalisateur d’origine allemande , reconnu pour son précédent film Au Bord du Monde, documentaire sur les sans-abris à Paris. J’ai eu la chance de voir son film America en avant première mais surtout, en sa présence. Claus Drexel a une bonne connaissance des Etats Unis, y est allé plusieurs fois et décide, un peu par instinct, d’aller filmer en pleine campagne présidentielle. Un premier objectif, esthétique, le choix d’un paysage désertique, une image du Far West du 21ème siècle, de l’Amérique profonde.

Le film a été tourné en 14 mm, un résultat très organique à l’écran, beaucoup de grain et des couleurs tranchantes, belles malgré la pauvreté qu’elles dévoilent.

En fin de séance, Drexel s’exprime sur le second amendement et son importance aux États Unis. Plus que le droit au port d’arme, c’est leur liberté comme droit inaliénable qui se joue avec cette loi: le droit de constituer une milice pour assurer « la sécurité d’un État libre ».





Et pour regarder la bande annonce c’est ici!

Et pour les séances sur Lyon, petit bonus: ici


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